lundi 14 janvier 2013

une nouvelle abdule bidule


















                 Abdoule Bidule












Sa compagne étant partie quelques temps en voyage, le poète Abdoule Bidule Machin redressait en douceur son estomac, à la loyale, sans affèterie : de la soupe le soir, suivie de soupe, et pour terminer de la soupe.
Il comptait ainsi, définitivement, dire au revoir à un profil de vache qui était le sien depuis trop longtemps, quelques années déjà, revenir en somme à cette bonne vieille barre des 73 kilos qu’il n’aurait jamais dû quitter, sa silhouette de jadis, occasion, depuis quelques années de belles batailles perdues.
L’humeur de ces 7 heures du soir parfumées de mimosas était donc résolument à l’oignon, de bons gros oignons, ronds comme des fesses, et luisants comme des os.
Ponctués, pour plusieurs, car ils avaient moisi dans le couffin, par une longue tige en forme de point d’interrogation, et qui s’étiolait.
Flirtant avec quelques carottes ayant elles aussi besoin d’un lifting, et des simili patates qui, également avaient trop dormi là.
Le poète X abdoul machin, auteur de cette révolution culinaire, pleurait donc d’abondance dans sa cuisine triste, à cause de vulgaires légumes, tristounets eux aussi.
Quand lui prit l’idée , -saugrenue ?- pourquoi non ma foi !d’aller jouer gentiment aux fléchettes, dehors, derrière la vitre de cette cage à déprime.
En évitant, si possible, de marcher sur les déjections de son quadrupède : « Belle », Brake de son état, chienne, laquelle insistait, depuis leur emménagement dans ce lieu là , pour faire de ce pré carré, en dernier ressort, près du garage, un crottoir particulier, un et indivisible, (qu’elle eût volontiers fait électrifier, si elle avait pu )
L’animal se mit donc à gambader comme un veau, persuadé que vers les terrasses dessous, bordées de basses rambardes, quelque pomme de pin, ou autre projectile tout aussi débilitant, allait lui être jeté, pour qu’elle aille stupidement aboyer dessus.
Elle en couinait déjà d’aise, garnie d’orgasmes gutturaux, l’arrière train en fête, la queue - trognon  affectée d’un mouvement d’oscillation des plus impressionnants…
Et surtout ce regard, figé, fixe, arrêt sur image, tu me le dois, tu ne peux pas faire autrement et tu es le dernier des salauds si tu ne le fais pas …un art de la culpabilisation mis au point depuis longtemps,  depuis ces époques peut-être, où deux klébards, superforme, étaient descendus de l’arche de Noé.
Les oreilles Bidochon : deux équerres, bien symétriques, en casquette, surtout pas droites, à côté des yeux qui la jouaient au virginal.
Mais non …désolé…pas de pomme de pin aérodynamique ! Ca se passait au contraire dans le garage, ou ce qui en tenait lieu, le dortoir mirifique des souris, lesquelles faisaient ripaille, hôtel, avec tout ce qui pouvait s’entasser là de vieux cartons pourris, chaussures détraquées, toiles de tente grignotées d’abondance, baratins à poussières dits pédagogiques, fourbis, vieilles photos etc...
 Sachant en plus que les chats de la ronde, bourgeoisement nourris, cf les villas de la haute, de cela, et même des rats, ils n’en avaient strictement rien à faire. Mangeant à l’aise, sur mesure.
Or donc le poète Abdoule Machin allait jouer aux fléchettes. C’était son droit, son instant d’enfance. Ca lui nettoyait le cerveau.
Ca fonctionnait avec une vieille cible criblée de trous, seringuée à mort par des générations de projectiles qui eux-mêmes avaient réussi à survivre.
Une rouge, une bleue, une jaune dans la pastille centrale.
Certes, ça se déglinguait fort côté matériel, lequel, de plus, avec les chaleurs, se fendillait. Et derrière cette reprise d’une partie de la réalité telles que les conventions l’avaient bien établie, et l’entretenaient, à savoir monde du dehors et monde du dedans etc, jeu pour enfant etc, dans un lieu appelé « garage »etc, sur la planète dite « terre », le vieux gamin qu’était le poète poet poet Abdoule Bidule Machin s’en foutait royalement, s’en fabriquait une tout autre : ce jeu, eh bien, c’était tout simplement des matches grandioses.
Qu’il imaginait.
De rugby bien sûr, sa chère passion de toujours.
Avant les déferlantes du fric, du cocorico à outrance, et de la récupération politique en général, par un petit président fleur de paraître en particulier, lui-même coquelet, à qui il ne manquait sans doute, dans sa tête, que quelques centimètres, et qui ne jouait que trop à greli - grelot combien j’ai de pierres dans mon culot, avec ses organes de duplication.
Bref.
Des équipes mythiques, qui ne se faisaient aucun cadeau.
Flèches vertes l’Irlande , les rouges, Galles, et la suite, et bien sûr les déménageurs artistes du contre - pied, pétaradant à 11secondes 100m avec la grosse burne du ballon, les tout-noirs, qui, en général allaient colorer leurs tatouages derrière les en – buts adverses. Marquant l’essai, plongeant sur le gazon.
Premier groupe de flèches à treize points c’était gagné !
Comme à la pétanque.
Trois points pour qui allait se ficher dans la pastille centrale, où ça pouvait grouiller de monde. Il était bien rouge, cet oeil de la cible !
Et le poète Bidule Machin se passait ainsi des moments savoureux, se gardant bien d’expliquer à quiconque quelles étaient les ficelles royales de ce passe-temps en apparence si anodin, si imbécile, si éloigné de son gros statut social de grofesseur sgdg, car il était aussi cela.
« Alors, tu gagnes ? », lui lâchait-on assez souvent, question à laquelle, en général, il s’attendait, et à laquelle il répondait par un vague geste des doigts qui pouvait se présenter comme dubitatif.
« Gagner » ! dans le sens où on l’entendait, expliquer que c’était rarement le cas eût été trop long. Les mécaniques routinières du monde n’entraient pas nécessairement dans son propos.


                                 §


En fait, s’il jouait ainsi, le « poète » poet poet, c’était tout d’abord, se pensait-il, pour « percer le temps », allez donc faire comprendre ça !
Le moment souverain où un projectile s’introduisait en plein centre !
Une entrée surtout pas herculéenne, mais humble, dans l’ éternité.
L’éternité :
« La mer allée avec le soleil »,
très intérieur tout ça !,
Une sorte de pustule, ce centre de la cible, qui vibrait sans doute jusqu’aux ultimes galaxies!
Le chien comprenait bien.
Et le poète poet poet derrière tout cela ressentait très bien son être réel :
Quelle cible ?
Quel garage ?
Quel jardin ?
Quelle place pour un « moi » là dedans? Tout cela, qu'il voyait, le constituait autant que sa capsule de chair
Parfaitement été par tout cela il le sentait.
Les champs d'énergie le dansaient au delà de son corps.


                                 §

Où finit le poisson ? Où commence la mer ?


14 janvier 2013

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